L’horlogerie suisse est en quête de sens

L'industrie du luxe et plus particulièrement celle de l’horlogerie suisse traverse une série de changements sans précédent qui génèrent des mutations fondamentales, touchant le sens même de la vie et par conséquent les raisons d’être du luxe.

Par Yves Vulcan

Aujourd’hui plus que jamais, l’horlogerie suisse s’interroge sur les mutations qui bouleversent les fondements de notre monde. Nous pourrions nous contenter d’écouter les analystes, les sociologues et les politologues et adapter l’esthétisme de nos montres en travaillant sur nos cadrans, nos moteurs et nos stratégies à court terme. Cela reviendrait néanmoins à nier l’évidence, le mouvement est en marche et comme un garde-temps, il ne s’arrêtera pas.

L’horlogerie suisse est un univers de valeurs et ce sont ces mêmes valeurs que nous devons conserver. Et si nous prenions juste le temps de réfléchir à ce qui est intemporel, éternel et à ce qui ne l’est pas... À ce qui peut et doit changer et en revanche, à ce qui doit rester fidèle à soi-même... À ce qui doit devenir global et à l’inverse, à ce qui doit demeurer heureusement local. Ce n’est qu’à l’aide d’une vision claire de ces valeurs auxquelles nous croyons – et de leur évolution – que nous saurons appréhender cette profonde et complexe autre mutation qu’est celle du client.

Aujourd’hui, le client exige de nous des valeurs absolues, des garanties que nous devons lui donner. Le passionné d’horlogerie suisse tend à obtenir non seulement une montre qui dure pour la vie, mais plus encore qu’elle soit une valeur à transmettre. Les jeunes générations recherchent aussi de telles valeurs, elles savent mieux que leurs parents que rien n’est immobile, ni immuable. Nous avons la responsabilité de leur faire vivre ces concepts d’intemporel, de durable, de rare et de précieux. Nous devons être capables de leur faire partager cette idée du temps qui, malgré leur perplexité, leur permettra d’avoir une conception claire de ce qui ne change pas et conserve sa valeur.

Si la bourgeoisie disparaît, si la richesse se concentre, si la pauvreté se répand, si les valeurs s’effritent et si nous ne nous remettons pas en question, l’industrie horlogère suisse, les artisans et les petites et moyennes entreprises qui la composent souffriront. Elles devront s’adapter ou disparaître. Nos valeurs nous aident à rallier le futur sans nous faire écraser par le présent. « Carpe diem » suggérait Horace, il faut saisir l’instant. Nous devons comprendre avec plus de confiance et moins de peur, un futur qui est d’ores et déjà en train de changer en ce moment précis. Comme il peut également nous aider à changer d’attitude. Nous étions sceptiques, devenons curieux !